Spécial fête des morts: Dewey, Cutter, Otlet, Ranganathan

Ou comment les bibliothécaires se sont laissés déposséder de l’expertise en matière d’organisation des connaissances.

Les consultants sont payés pour dispenser des conseils et afficher des certitudes. Les étudiants payent (certes pas beaucoup dans les hautes écoles suisses mais quand même) pour acquérir des connaissances, réfléchir et, pourquoi pas, développer un esprit critique. Hier, une remarque d’un consultant qui intervenait dans notre spécialisation sur la gouvernance de l’information m’a laissée plus que songeuse. En gros il prétendait qu’avant les tags (donc il y a environ 10 ans à un croire son récent billet), il n’y avait pas de taxonomie. On devait se contenter de l’arborescence du file system : dossier, sous-dossier., etc. Et de nous demander si on était “à l’aise avec la notion de tags”. Alors oui, on est plutôt à l’aise avec la notion de tags merci. Et aussi avec celles de taxonomie, de classification, de vocabulaire contrôlé, de thésaurus, de métadonnées…on est des professionnels de l’information quoi ! Mais pourquoi est-ce que ça ne lui paraissait pas évident ? Pourquoi faisait-il remonter l’idée de taxonomie à la possibilité de taguer librement du contenu sur le web ?

J’aurais tendance à penser que les torts sont partagés. D’une part, notre intervenant aurait peut-être pu prendre un peu de recul et creuser d’avantage son sujet.  Mais les consultants, on l’a dit, ne sont pas vraiment payés pour ça. D’autre part, il faut bien avouer que dans le monde de l’entreprise, les professionnels de l’information (bibliothécaires, documentalistes, archivistes) n’ont tout simplement pas su se positionner en tant qu’experts de l’organisation de la connaissance. Il se sont fait prendre de vitesse par les informaticiens et les consultants et sont restés au bord de la route, incapables de transposer leur savoir-faire et leur expertise dans le nouvel environnement documentaire créé par le web. Et pourtant, tout était là : la classification depuis Dewey (1851 – 1931) et Otlet (1868 – 1944), l’indexation matière depuis Cutter (1837 – 1903), les facettes depuis Ranganathan (1892 – 1972).

Cutter_Rules_for_a_dictionary_catalog_1904

Charles A. Cutter : extrait de Rules for a dictionary catalog, 1904

Comment les professionnels de l’information devraient-il réagir ? Faut-il adapter la formation des bibliothécaires, documentalistes et archivistes ? Créer de nouveaux cursus comme le Master Architecture de l’Information de l’ENS de Lyon.  Sans doute. Mais que proposer aux professionnels actuellement en poste, qui se retrouvent marginalisés voire carrément écartés de projets d’organisation du savoir ou de gouvernance informationnelle ? Si vous avez des suggestions, je vous serais très reconnaissante de laisser un commentaire ci-dessous.

Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur les différentes formes d’organisation du savoir, je vous conseille la lecture de ces quelques pages :

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4 thoughts on “Spécial fête des morts: Dewey, Cutter, Otlet, Ranganathan

  1. Etant l’intervenant concerné, je précise que je n’ai jamais mentionné que le tagging était à l’origine de la taxonomie (un moment d’inattention peut-être !).
    En ce qui concerne l’expertise des étudiants (nous sommes des professionnels de l’information) à laquelle vous faites référence, je m’étonne qu’elle n’ait pas provoqué une réaction de vous même, ni de vos collègues à ces prétendus propos.
    Pour le reste, je constate avec plaisir que ce cours vous a permis d’approfondir, par la recherche et la lecture, vos connaissances sur le sujet, ne serait-ce que pour produire ce billet.
    Cordialement

    1. Il se trouve que lors de votre première intervention une de mes camarades à attiré votre attention sur le fait que nous maîtrisions déjà les aspects liés à la taxonomie mentionnés dans votre support de cours et que nous
      pouvions peut-être passer plus rapidement sur ces aspects. Je n’ai pas jugé nécessaire, ni mes camarades apparemment, de répéter cette remarque lors de votre seconde intervention. Mais peut importe au fond ce malentendu. L’essentiel de mon propos est ailleurs, à savoir dans le fait que les bibliothécaires et documentalistes n’ont pas su transférer leur expertise au-delà de leur sphère d’activité traditionnelle.

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